Au lendemain d’une nouvelle journée de mobilisation des lycéens, marquée par des affrontements et de nombreux blessés, le gouvernement français tente de répondre aux critiques sur la gestion des manifestations. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé la suspension provisoire de certaines grenades utilisées par les forces de l’ordre et fait état de 18 enquêtes ouvertes par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN).
Mardi 6 octobre, entre 256 000 personnes selon la police et 450 000 selon les organisateurs ont participé aux mobilisations lycéennes à travers la France. Le ministère de l’Intérieur a recensé 488 interpellations et 43 membres des forces de l’ordre blessés. Depuis le début du mouvement à la mi-septembre, 215 élèves ont été blessés, ainsi que 715 policiers ou gendarmes et 85 personnels de l’Éducation nationale, tandis que 24 bâtiments ont été saccagés ou incendiés.
Parmi les incidents les plus graves figure celui de Lens, où un adolescent a eu une main arrachée, possiblement à la suite de l’explosion d’une grenade assourdissante.
Interrogé mercredi 7 octobre sur RTL, Laurent Nuñez a annoncé avoir provisoirement suspendu l’usage de certains types de grenades dans le cadre des mobilisations lycéennes, « tant que la lumière n’a pas été faite » sur les circonstances de l’incident de Lens. Il a également indiqué que 18 enquêtes de l’IGPN étaient en cours.
Nuñez et le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, sont auditionnés ce mercredi à l’Assemblée nationale, respectivement sur la gestion de l’ordre public et le blocage des lycées. Le président Emmanuel Macron a demandé la veille « d’être dans l’empathie », tout en demandant que l’ordre soit maintenu de manière proportionnée.
Le ministre de l’Intérieur a défendu ce qu’il qualifie d’« intervention des forces de l’ordre fondée sur la plus grande proportionnalité », tout en distinguant les rassemblements pacifiques, qui selon lui ne justifient pas d’intervention, des situations marquées par des violences ou des dégradations.
En outre, il a également estimé que la gestion d’un mouvement lycéen devait tenir compte de l’âge des manifestants. « On ne gère pas un mouvement de lycéens comme on gère un mouvement d’adultes », a-t-il prétendu, alors que de nombreuses vidéos circulant sur les réseaux sociaux ont confirmé que les policiers et les forces de l’ordre ont recouru aux violences.
Parmi les affaires faisant l’objet d’investigations figure également celle de Belfort. Une enquête pour « tentative de meurtre » a été ouverte après la plainte d’un lycéen de 17 ans, qui affirme qu’un policier lui aurait maintenu la tête sous l’eau lors de son interpellation, le 2 octobre, aux abords du ruisseau de la Savoureuse.
Le parquet de Vesoul a confié l’enquête à l’IGPN et décidé de la « dépaysée » de Belfort à Vesoul afin de garantir, selon le procureur Arnaud Grécourt, « l’impartialité objective » des investigations.
Les investigations doivent désormais permettre d’établir les circonstances exactes de l’interpellation et de déterminer si les accusations formulées contre le policier sont étayées par les éléments recueillis. Alors que plusieurs vidéos de la scène ont circulé sur les réseaux sociaux, aucune conclusion judiciaire n’a pour l’heure été rendue concernant les accusations visant le policier.
Le gouvernement est également attendu sur la suite du mouvement. Le Premier ministre Sébastien Lecornu doit s’exprimer mercredi soir sur la situation dans les lycées, alors que les organisations lycéennes et étudiantes appellent à poursuivre les blocages et à une nouvelle journée de mobilisation jeudi 8 octobre.
La suite du mouvement dépendra des réponses précises que le chef du gouvernement apportera et de la capacité du gouvernement à faire baisser la tension tout en répondant aux revendications sur les moyens, les emplois du temps et le bâti scolaire. L’exécutif pourrait aussi jouer la montre puisque le mouvement prendra naturellement fin au moment des vacances de la Toussaint le 16 octobre. [Press TV]